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Un mort, une œuvre. Aujourd'hui: Franz Kefta

Hermann Kefta rencontre Julie Lowy sur un coup de tête. Le coup bien placé fera naître quelques mois plus tard le petit Franz, nous sommes alors en 1883, dans un ghetto juif de Prague qui portera les stigmates de cette union encore 60 ans plus tard. Un petit Georg naîtra 6 mois plus tard, mais il décide de repartir aussitôt vers d'autres cieux plus cléments. Certains diront que le petit Georg était le plus talentueux des Kefta, il est sûr que l'on ne peut qu'admirer la justesse et la vie de maître qu'il aura mené.

Le 16 septembre 1889, Franz rentre à l'école primaire. Il aura ce jour-là pour goûter du pain et du chocolat, le tout enveloppé dans du papier toilette, souvenir qui lui laissera des marques jusqu'à sa mort.

Les années s'écoulent, Franz devient bohème et lit Spinoza et des revues gay. Il consacre ses années d'études à aimer son père en secret, admire sa droiture et ses fessiers, lui si chétif et malingre. Tuant son amour en son mort intérieur, il fréquente les cafés philosophiques et se prend pour un peintre du 19ème siècle.

En 1902, il rencontre Max Brod, un ami d'enfance. Il se fera dépucelé à coups de pelle sur un terrain vague par son ami qui aura préalablement enfilé une cagoule pour faire croire que c'est un terroriste, mais la notion est trop d'avant-garde pour que quiconque n'en tienne compte, même pas le petit Franz, qui vivra avec une pelle dans le ventre pendant plus de 40 ans. Cet objet contendant le forcera à se renfermer sur lui-même, peut-être pour creuser au fond de lui-même le mal-être de l'humanité.

En 1905, il part au sanatorium pendant plusieurs semaines se faire soigner, les médecins font semblant de ne trouver aucune trace de pelle, il est vrai que la radiographie n'apparaîtra qu'au siècle suivant. Franz Kefta commence à travailler et à rêver d'une vie d'aventurier, peut-être l'influence de Pierre Loti se fait-elle sentir. Pour assouvir ses besoins d'exotisme il entre à l'office d'assurances contre les accidents du travail, section qui lui en fera voir des vertes et des pas mûres, dont une femme yiddish qui l'engagera comme circoncis de service pour une pièce de théâtre sans succès.

Il devient obsédé par ses problèmes de santé, se masturbe jour et nuit sur son cancer du côlon et se pose des questions existentielles: "Suis-je vraiment un aventurier? Pourquoi je n'arrive pas à avoir une relation d'amour avec mon père?". Ses envies de suicide prendront fin avec la rencontre de Felice Bauer, une grosse polonaise bourrue qui a toutes les qualités de son père à l'exception du sexe. Une correspondance fleurie commencera, mais même après quelques 224 cartes postales il n'arrivera à la coucher auprès de lui.

Cela nous amène jusqu'aux années 17.

Les années qui suivront ne seront que déchéance et peaux de bananes: 2 tentatives de suicide, 6 séjours au sanatorium, de nombreux romans commencés mais jamais épitaphés, seul, au fond de son canapé froid. Il mourra en 1924, complètement gâteux, à l'âge de 41 ans.

Son œuvre inégale inspirera plus tard le goût de la peinture à Einstein, le goût du toucher rectal à Hitler et le goût de la noyade à Éric Tabarly.